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.........La gazette des tortues du mois de Septembre
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L'histoire d'une tortue (chapitre 4)

 

Une journée comme une autre où il fait bon d’être une tortue et de profiter de la verdure et des fleurs. Une journée comme une autre, à chercher un abri du soleil pour la sieste ou un abri pour la nuit. Une journée comme une autre où, sans vraiment le savoir, il est bon de vivre en liberté… Une journée pourtant où toute une vie de tortue va être chamboulée, où la peur et la douleur va faire des journées suivantes un calvaire. Un supplice. Une dure descente vers la mort, petit à petit. Vers la fin de tout ça.
Rien ne laissait présager ça. Rien. Elle se trouvait alors tout près d’un bosquet de fleurs hésitant à rester là ou à rejoindre un buisson tout proche pour s’abriter du soleil cognant sur sa carapace… elle étirait son cou, tête posée sur une pierre bien chaude, savourant avec délice cette chaleur et la tranquillité.
« Encore un peu de soleil, puis j’irai me mettre à l’ombre » se disait-elle. Elle sentait l’odeur des fleurs, alors qu’elle somnolait… comment résister à un tel petit coin de paradis ?

Elle finit tout de même par bouger de sa place et se diriger vers le buisson. Mais, alors qu’elle avançait tranquillement, elle fut stoppée par un museau qui la reniflait vigoureusement. Elle rentra vite tête et pattes dans sa carapace. Le danger était là. Sa carapace se mit à bouger puis se retourner, et fut encore traîné sur le sol par ce chien beaucoup trop curieux.
Puis plus rien. Elle crut qu’il était parti, jusqu’au moment où il l’attrapa dans sa gueule.
Elle sentit s’enfoncer douloureusement les crocs dans sa carapace et l’entendit commencer à se briser… elle sentait tout… chaque coup de croc. Elle avait mal. Elle avait peur. Elle ne pouvait rien faire d’autre qu’attendre…

Par chance, il s’en désintéressa et lâcha la petite tortue violemment au sol. Le choc sur la terre fut tout aussi terrible pour notre « Bonne étoile » qui ne bougea pas. Elle se croyait morte. Et pourtant elle sentait la douleur envahir tout son corps. Lorsqu’elle se força à bouger, quelques heures plus tard, elle fit craquer une partie de sa carapace pour sortir sa tête. Quelle douleur !
Pattes dehors elle entreprit d’aller se réfugier au plus vite à l’ombre, bien cachée. Et ne put qu’avancer doucement, car le moindre de ses efforts la faisait souffrir. Une fois réfugiée sous les racines d’un arbre, elle se dit qu’elle venait encore une fois de plus d’échapper à la mort. Mais jusqu’à quand allait-elle tenir ? Elle souffrait, elle était épuisée, elle était effrayée encore par ces minutes terribles qui lui avaient semblé aussi longues que des heures… elle voyait trouble et se demandait si la nuit arrivait… elle ferma ses yeux pour ne plus voir le flou qui l’entourait… elle finit par s’endormir sans même oser rentrer sa tête bien à l’abri dans sa carapace comme toutes les autres nuits.

Deux jours plus tard, elle n’avait pas bougé de sa cachette, ne se nourrissait plus…elle avait perdu l’appétit et l’envie de prendre le soleil. Elle bougeait le moins possible pour minimiser sa souffrance. Elle dormait quand la douleur se calmait un peu. Elle le savait, elle le sentait…elle mourrait. Finies les longues ballades. Finies les bonnes feuilles, herbes et fleurs. Finies les siestes au soleil. Fini. Tout était fini. Oh, elle avait eu une longue vie déjà…mais elle aurait voulu vivre encore un peu plus. Mais elle souffrait trop pour se battre contre la mort. Trop. Elle ne guérissait pas, sa carapace était trop meurtrie, elle saignait à chacun de ses mouvements.

Pourtant ce qu’elle ne pouvait imaginer arriva. Elle sentit une main l’attraper dans sa cachette, la tourner dans tous les sens, puis la mettre dans une boîte remplie de coton, ce qui cala sa carapace et l’enveloppa de douceur. Elle ne comprit pas vraiment ce qui lui arrivait et s’endormit après s’être habitué aux secousses étranges venant de partout autour…dessous et dessus. Elle avait rentré sa tête au moment où elle s’était sentit soulevé ; avec beaucoup de souffrance elle avait encore eu un réflexe de protection. Le dernier avait-elle alors pensé. Elle ne le savait pas encore, mais cette personne qui l’avait ramassé l’emmenait dans « le village des tortues » pour qu’elle ait tous les soins lui permettant de guérir. Cette personne venait de lui sauver la vie. Lorsqu’elle se réveilla, elle se sentit lourde et sentit sa carapace bien moins souple. Elle avait été endormie et opéré. Plâtrée, sa carapace, certes la gênait, mais elle aurait ici tous les soins jusqu’à sa complète guérison.

Elle ne bougeait pas et avait de la nourriture toujours tout près d’elle. Mais elle n’avait pas d’appétit. Même ces feuilles fraîches ne lui donnèrent guère envie. Elle avait une petite gamelle d’eau pas loin d’elle aussi. Et une sorte de tunnel en écorce là-bas au bout de la caisse dans laquelle elle était isolée. Mais elle n’avait pas la force de le rejoindre… « Plus tard… après ma sieste… si j’en ai la force… » Elle se rendormit sans même avoir sorti le bout de son nez, ni une patte. Elle sentait qu’on s’occupait d’elle avec inquiétude. On lui parlait. On lui apportait de la nourriture. On la gratouillait doucement pour essayer de la faire sortir de sa carapace. Mais elle ne voulait que dormir en paix, bien protégée dans sa carapace….

Et puis un jour, une odeur de pissenlits fraîchement cueillis lui donna envie de sortir sa tête, puis ses pattes, en quête de ce mets si tentant. Le bouquet était posé près du point d’eau, pas très loin d’elle. Elle avança de quelques centimètres, après avoir observé autour d’elle et s’être habituée à la luminosité de cet endroit. Goulûment, elle ouvrit largement sa bouche pour arracher des morceaux de fleurs. Sa carapace la faisait moins souffrir même si elle sentait encore une douleur et ce poids différent sur elle. Une main vint lui caresser la tête… d’abord effrayée elle se cacha rapidement dans son antre, puis ressorti en entendant la voix si bienveillante qui lui avait parlé jusqu’alors. Elle la laissa faire pendant qu’elle se rassasiait. Elle finit tout. Ensuite, analysa ce nouvel endroit autour d’elle. Puis se dirigea vers ce tunnel d’écorce qu’elle espérait tant découvrir. Elle s’y installa et se rendormit. Tête et pattes dehors. Apaisée. Rassurée. Soulagée.

Jour après jour, elle découvrit ce monde limité par des murs invisibles. Ce monde où la nourriture abondante venait à elle. Ce monde où une main humaine donne attention et soins. Ce lieu qui reste toujours identique…une pierre, un tunnel, un point d’eau… et cette lumière artificielle, si différente du soleil. Jour après jour, elle souffrait de moins en moins, et reprenait goût à la ballade quotidienne, limitée mais divertissante. La main était devenue son amie. Elle lui donnait de la nourriture et elle, en échange se laissait caresser et observer sans aucune crainte.

Mais elle rêvait à sa vie d’avant, à sa liberté. Ici, elle marchait nettement moins. Ici, elle ne pouvait dénicher une nouvelle cachette chaque jour. Ici, elle mangeait uniquement ce que la main lui donnait. Ici…Ici, ce n’était pas chez elle…Elle se sentait de mieux en mieux mais s’ennuyait de son milieu naturel. Elle avait l’impression de tourner en rond. Toujours le même trajet. Toujours le même décor. Alors, peu à peu, elle freina son rythme. Moins de ballades. Plus de siestes. Mais un bon appétit.

Ces journées dans ce nouvel environnement lui semblèrent longues et ennuyeuses, mais au fur et à mesure sa douleur s’amenuisait et elle retrouvait sa souplesse d’avant. Un jour, la main la souleva et l’ausculta dans tous les sens avec précaution, comme elle le faisait régulièrement, mais cette fois elle la garda plus longtemps et fit vibrer sa carapace…sembla la gratter… Lorsqu’elle retrouva le sol sous ses pattes, elle s’aperçut qu’elle était plus légère, que tout son corps respirait avec plus de facilité…sa peau, sa carapace semblaient fonctionner comme autrefois…avant l’incident. Elle courut rejoindre le tunnel pour que la main la laisse tranquille. De nouveau la voilà qui courait, avec si peu de souffrance.

La main lui dit des choses sur un ton joyeux et tapota doucement sur le tunnel. Comment lui faire comprendre qu’ici, même guérie, elle était malheureuse ? Que même avec toute l’attention qu’elle lui donnait, elle s’ennuyait ? Comment vivre dans un si petit territoire, avec aucune végétation enracinée à déguster ? Retournerait-elle un jour chez elle ? Non, elle n’y croyait pas…et pourtant…

Et pourtant… un jour la main la prit dans son autre main, et la gratouilla, la caressa, tout en lui roucoulant des mots de sa voix si rassurante. Puis la posa dans une toute petite boîte. Il lui sembla reconnaître cette boîte. Mais où ? Puis les mêmes vibrations que celles qu’elle avait senties en arrivant ici. Mais oui, cela lui rappelait bien quelque chose… Retournait-elle chez elle ? Ou allait-elle dans un autre endroit que la main connaissait ? La main ne parlait plus. La main venait de lui dire au revoir et de lui souhaiter « bonne chance ».

Soudain, plus rien. Plus de secousses. Puis on l’attrapa et on la mit à même le sol. Mais cette fois-ci le vrai sol… la terre, l’herbe, les odeurs, le vent léger, le soleil lui disant « bonjour »… La voilà, posée à l’abri de racines…elle reconnut l’endroit où on l’avait alors trouvé, blessée. Que de mauvais souvenirs ici…alors aussitôt elle se pressa de partir le plus loin possible, et fut surprise de ne pas être arrêtée par un mur invisible ou son amie « la main ». Rien ne l’empêchait d’avancer, de retrouver ses terres, sa vie en liberté… Elle respira quelques feuilles et fleurs, gratta par endroit la terre, et s’amusa même à passer de l’ombre au soleil puis du soleil à l’ombre. Bref, en quelques minutes elle savoura le maximum de son retour à la liberté, respirant à plein poumons, accélérant sa cadence parfois… Craignait-elle d’être rattrapée par la main ? De retourner dans ce minuscule territoire artificiel ?

Quelques heures plus tard, elle semblait de nouveau habituée à son « chez elle » et avoir oublié qu’elle avait frôlé la mort de près, d’avoir souffert de blessures, d’avoir été contrainte à vivre dans un terrarium, d’avoir fait connaissance avec une main attentionnée...

Et après cette course libre folle elle se dénicha une jolie petite cachette sous un buisson où elle fit sa sieste, épuisée, mais heureuse. De quoi rêva-t-elle ? Elle seule le sait. Mais depuis, elle vit toujours là-bas, dans la plaine des Maures. Quel âge a-t-elle ? Elle-même ne le sait peut-être plus. Peut-être que si vous passez par là vous la croiserez, elle ou une autre, alors regardez la et rappelez vous de cette histoire. Observez la un instant, mais ne l’embêtez pas, ne la rapportez pas avec vous…car c’est ici chez elle, c’est ici qu’elle est heureuse. J’aurai pu continuer cette histoire des pages et des pages, décrivant sa façon de sélectionner sa nourriture, son rythme de repos et ses accélérations, ses instincts de tortue,… mais il est temps de laisser fonctionner votre imagination car maintenant vous savez ce qu’est « une vie de tortue ».

Meg Prévost (Écrivain amateur et passionnée de tortues)

THE END

Encore un Merci à Mme Prévost pour cette si belle histoire qu'elle à pu nous faire partager dans 4 des numéros de la gazette des tortues!

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