
Chap 1 : Premiers pas…de tortue.
J’ai réalisé trop tard que ma voiture heurtait le mur. Je dormais au volant, épuisée par mes heures de travail enchaînées sans repos. Je n’arrivais pas à dormir entre le peu de temps que j’avais à la maison au retour du travail, après mes deux heures de route. J’aurai dû m’en douter que cela allait m’arriver… M’endormir en conduisant. Tout était noir. Tout était froid. Tout était calme. Je frissonnais ? La mort venait de m’attraper dans ses bras…je ne sentais plus mon corps. Puis je sentis en moi, la minute suivante, le chaud et l’odeur de la terre.
Mon cœur qui bat. Le sang dans mes veines qui circule de nouveau, comme si on venait de ré-ouvrir les vannes… J’ouvris les yeux. Péniblement. Difficilement. Lorsque le voile trouble s’estompa je vis une chose étrange… Une grosse pierre devant moi. Enorme. Un rocher ?
Je tournai la tête et vis le sol, terreux, très proche. J’essayai de bouger… Dieu que je me sentais lourde !! Comme clouée au sol… Je cherchai mes mains, mais je n’arrivai pas à les voir. Par contre, mon odorat était très développé, comme si jusqu’à ce moment mon nez avait été bouché…les odeurs étaient amplifiées. La terre… des parfums de fleurs… mmh…cela me donnait faim.
Me donnait faim ? Des fleurs ? Mais que m’arrivait-il ? Où étaient mes mains ? Pourquoi je n’arrivais pas à bouger ? Qu’est ce que je faisais à ras le sol ? Dans la nature qui plus est… ?
Réfléchissons… il y a eu l’accident…j’étais en voiture…puis plus rien…J’étais sûre d’être morte… Alors où étais-je ? Je tirai sur mon cou pour observer mon dos si lourd. Et là, quelle surprise ! Je découvris une sorte de carapace ! Là posée à même mon dos ! Incroyable ! Je penchai ma tête sur le côté droit, puis gauche… la même chose… deux pattes munies de griffes…
« C’était un rêve. Ce n’était pas possible autrement. J’allais me rendormir et me réveiller. Rien ne serait arrivé. Et cette carapace aurait disparu ! »
Je fermai mes yeux très fort, si fort que j’en aie eu mal à la tête. Je somnolai ensuite, car ma fatigue était encore là…mes yeux se détendirent… puis plus rien. A mon réveil, j’ouvris mes paupières et découvris encore ce même rocher.
« Non. Non. Ce n’était pas possible »
Autour, la terre. Au-dessus de moi, le soleil cognait. Je vérifiai mon dos en tirant de toutes mes forces sur mon cou… Elle était toujours là. Il fallait me rendre à l’évidence. J’étais une tortue. Moi qui avais toujours clamé haut et fort à qui voulait l’entendre que je voudrais être réincarné en tortue si la réincarnation existait vraiment ! Et bien me voilà exaucée ! J’étais une tortue. Une tortue.
J’avais donc droit à une seconde vie. Oui, mais en tortue.
Mais comment vit une tortue ?? Bon, j’étais apparemment terrestre puisque sur le sol. Alors, je me calmai et je réfléchis comment bouger. Car mon champ de vision était réduit avec ce rocher devant moi. « Allez ! On se sert de ses pattes ! » me décidai-je. Il me fallut me concentrer sur le fait de vouloir me soulever avant tout, car j’avais une carapace sur le dos…
J’y arrivai enfin et pivotai sur moi-même afin d’être dos à la grosse pierre. Un peu lourd la carapace, mais pas tant que cela, ce fut supportable. J’avançai sur ce sol sec, passai près de grandes herbes en touffes dont les feuilles me donnèrent faim.
« Bon il va falloir se nourrir comme une tortue, alors j’essaie… »
J’ouvris large ma bouche, trouvant que les feuilles étaient hautes par rapport à moi, et la refermai. J’arrachai puisque je n’avais pas de dents. Et j’avalai le morceau… Pas mal. J’avais l’air d’aimer. Je mangeai une feuille de mauvaises herbes et je me régalai… Normal, j’étais une tortue maintenant. J’en mangeai encore deux, trois pour le plaisir.
Hé hé, on y prend goût !
Une fourmi me grimpa dessus, je ne l’avais pas sentie mais dès lors qu’elle marchait sur mon visage, je la vis. Ca chatouillait un peu, mais de toute façon je ne pouvais pas la faire partir… Ma patte avant n’arrivait pas jusque là ! Tant pis, elle partira toute seule. Je sentis alors le vent caresser ma carapace…comme c’était bon…un vent chaud, un vent de tendresse, un vent doux…qui m’enveloppait… Je profitai de ce moment…
Au loin, j’aperçu une étendue d’herbes qui commencait. J’avais bien envie de fouler cette verdure. Je parcourai la distance qui m’en séparait, plus ou moins maladroitement. Et oui ! J’avais quatre pattes maintenant et non deux…il me fallait maîtriser cette nouvelle démarche.
Mes pattes frottaient à chaque fois le sol terreux, et je contournais certaines pierres pour l’instant. Le soleil semblait m’accompagner dans mon parcours comme pour m’encourager. J’arrivai à destination et la douceur verte sous mes pattes fut bien agréable.
Des fleurs, dont la plupart me dépassaient, se trouvaient de-ci de-là. Etait-ce elles que j’avais senties à mon réveil ?
« Allez, on en goûte une ! »
Un pissenlit, je supposais, car vu d’en dessous, pas évident d’identifier la fleur. Après trois secondes de réflexion, je décidai de couper la tige en la croquant.
« Eurêka ! La voilà au sol ! »
Et je dus avouer que ce fut un régal… tendre et tellement gouteux…tel un bonbon moelleux jaune…vraiment appétissant ! Qui l’aurait cru ? Je mangeai également les feuilles autour de la fleur, qui avaient légèrement le même goût. Et puis STOP, il me fallait encore explorer mon nouvel environnement. Tout avait l’air si grand…
Le soleil commença vraiment à cogner sur ma carapace et sur ma tête, je me dis que je devais aller me mettre à l’ombre quelques minutes. D’où j’étais, je vis un buisson. Je m’y rendis et appréciai la fraîcheur que je trouvai dessous.
Je posai ma tête sur l’herbe fraîche, comme cachée par ce buisson, puis, soudainement fatiguée, je m’endormis.
A mon réveil, je me demandai combien de temps j’avais pu dormir… je sortis de mon abri et m’aperçus que le soleil cognait moins et la clarté du jour semblait déjà s’assombrir… J’en conclus que ce devait-être la fin de l’après-midi. J’avais trop dormi à mon goût…
Je devais me trouver un endroit pour passer la nuit. Mais où dort une tortue ?
Je m’activai et continuai à explorer les environs, pour trouver un lit…euh…un endroit où dormir. Mon ventre émis un petit son qui m’alerta que j’avais faim. Je décidai donc de faire une pause casse-croûte. Des feuilles de trèfles me donnèrent envie. A croire qu’une tortue ne mange que des feuilles et des fleurs ! Je m’approchai et dégustai à pleine bouche ces trèfles, bien à ma portée. Les feuilles de trèfle avaient bon goût. Je les rajoutai donc à ma liste de « nourriture que je pouvais manger ».
Je goûtai aux fleurs blanches qui les accompagnaient et je les trouvai tout aussi délicieuses… Je mangeai jusqu’à ce que mon ventre semble rassasié. Puis je repris ma recherche. Je trouvai un endroit recouvert de mousse tendre et fraîche. Mais après l’avoir essayé, je me dis que c’était trop humide et trop à découvert. Les nuits devaient être froides, ici.
Je m’arrêtai près d’un trou, un terrier, et tentai d’y entrer, mais une souris me barrait le passage et vite je me sauvai. Croyez-vous qu’une souris pourrait me faire du mal ? je n’en savais rien mais je n’avais jamais aimé les souris…
J’allais donc éviter les trous. Qui sait ce que je pourrai y trouver…
Je marchais un peu plus, en essayant d’observer le ciel… bien difficile à voir ! Je me fiais donc aux ombres sur le sol et à la « réception » de ma carapace, qui semblait sensible aux températures. L’ombre d’une pierre, bien allongée, me fit comprendre que le soleil n’était pas loin de se coucher. Alors, je me concentrai sur ma quête d’une couche pour dormir. Je croisai un lapin, bien plus gros que moi, qui ne semblait même pas me voir… il me marcha dessus comme un vulgaire caillou !
« Hé attention ! » Quelle audace !
J’en avais rentré ma tête…par automatisme…je n’avais pas encore essayé de rentrer dans ma carapace… Il y faisait tout noir ! Et malgré le peu de place, j’y étais bien à l’aise. Et surtout je m’y sentais en sécurité… Je ressortis tout de même ma tête et les pattes. Oh les pattes étaient rentrées aussi ! Quel réflexe tout de même… en tout cas je m’amusais à tester mes entrées et sorties de carapace dès le lendemain.
C’est alors que je vis quelques pierres amoncelées, avec au-dessous d’elles un passage. Une petite cachette juste à ma taille. Je rentrais directement dedans, le plus possible. Ma carapace cogna contre un angle formé par deux pierres. Je m’y installai, bien calée. Et je décidai de rentrer ma tête et mes pattes pour dormir. Je me disais que je serai plus au chaud pour la fraîcheur de la nuit.
Je sentis en moi, quelque chose de bizarre… comme si mon horloge biologique me disait « la nuit arrive ! il faut dormir ! ». Mais je voulais rester éveillée pour être sûre que rien ne viendrait me déranger… comme ça, je changerais de cachette vite avant que le noir fut complet. Je luttai contre le sommeil… je pensai à ceux que j’aime et que j’ai quitté…je revis leurs visages, leurs sourires… cela les ferait bien rire de me voir en tortue !
Puis je m’assoupis.