Pour inaugurer cette nouvelle chronique de La Gazette des Tortues qui sera consacrée à toutes les formes d’Art concernant les tortues, je vous invite à une rencontre hors du commun, celle de Catherine Thomas, artiste peintre plasticienne contemporaine.
Née en 1961 à Tanger au MAROC, elle vit et travaille à PARIS depuis 1979
Tout d’abord, quelques dates importantes de son parcours :
Ses études artistiques :
1979 : Atelier Met de Penninghem et Jacques d’Andon (PARIS)
1982 : Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (PARIS)
1986 : Université PARIS-VIII (SAINT-DENIS)
1989 : IUFM d’ANTHONY (92)
Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de PARIS (1986), Catherine Thomas enchaîne avec une licence d’Arts plastiques en 1987 (Université Paris VIII) et un diplôme de l’IUFM de Nanterre (1991)
De 1982 à 2007, elle va successivement exposer ses créations à Paris (Salon des Indépendants), à Bagneux, à Vanves, à St Denis (week end des plasticiens), à Royan, à Montrouge (1 er prix de la jeune peinture), mais aussi en Nouvelle Zélande, en Espagne, et au Portugal (Musée National de Porto) …
Et si Catherine Thomas vient occuper cette première place de choix dans notre toute nouvelle rubrique, c’est qu’elle peint … devinez quoi ? … des tortues ! Car c’est bien de peinture dont il s’agit, avec comme sujet essentiel la TORTUE, et encore la TORTUE … et cela depuis plusieurs années




Catherine Thomas les sort de son imaginaire d’enfance au Maroc, de son imaginaire d’artiste lorsque des années plus tard elle en fera un thème de prédilection pour sa peinture.
Elle les façonne en couches successives, couches de sable blanc, de couleurs vives et profondes pour au final, grâce à la rigueur d’un geste maintes fois répété, les faire apparaître sur la toile.
Mais laissons parler l’artiste et ses pinceaux magiques …



« L es différentes couches de peintures que je superpose, sont intimement liées à l’histoire de la vie. Aussitôt recouverte, la couche précédente n’existe déjà plus…. »

« …. Mais bien qu’invisible c’est par elle que la suivante peut naître et se construire. A l’instar de toute vie qui se construit du passé même si celui-ci n’est en apparence plus palpable….. »



Ses tortues sont devenues peu à peu sa marque de fabrique, uniques, expressives, presque vivantes dans leurs couleurs … force et engagement d’un travail artistique sincère



Et Catherine en parle tellement bien ….
« La tortue est peut-être la représentation symbolique, transfigurée et immortalisée de l'être aimé que j'ai perdu, englobant également tous les instants de bonheur et de tendresse passés à ses côtés, au centre d'une famille aux principes rigides ne laissant aucune place à la rêverie, à l'imaginaire, à l'aléatoire .
Les formes se font, se défont, se noient, réapparaissent et puis encore re-disparaissent pour apparaître encore et encore.
A moi de saisir, de capter celle qui sera la plus intéressante, la plus accidentelle, la plus harmonieuse à l'équilibre recherché. La difficulté réside dans le fait de ne pas la perdre, surtout si elle est là. Le temps passé à chercher des compositions au milieu de toutes ces couleurs permet de générer des idées et c'est ça que j'aime. «



« Ce temps de maturation qui permet aux formes et aux couleurs d'avoir un corps et une présence dans la composition. L'espace du dedans et l'espace du dehors, la trace pour affirmer la matérialité du passage et l'équilibre des structures. Alors, après, il y a aussi toute l'alchimie des pigments, des pinceaux, des gestes, des matières et des temps de séchage.
Je crois que j'adore peindre … Je crois que c'est ma vie ».
Et pour notre grand plaisir, Catherine Thomas nous a ouvert son atelier :


Puis elle s’est mise au travail



Catherine Thomas peint depuis son plus jeune âge. En cela ses différentes éducations artistiques, acquises au sein de l’école Met de Penninghem, puis ensuite aux Beaux–Arts de Paris, ne viendront que confirmer et renforcer cette activité qu’elle pourrait appeler son second langage. Elle passe ainsi de l’un à l’autre, d’un langage parlé, qu’elle utilise dans son activité d’enseignante à un langage artistique transcrit par sa peinture. Au quotidien, elle cultive l’équilibre entre ces deux modes d’expressions, avec parfois, des penchants pour l’un ou l’autre.


Et sur le sujet des tortues, Catherine est intarissable, tant avec ses mots qu’avec ses pinceaux
« A Tanger (au Maroc), où je suis née et où j’ai vécu pendant de très nombreuses années, mon enfance était habitée par les oiseaux migrateurs et les paysages de tortues. Là-bas, les tortues représentent le bonheur dans une maison, dans d’autres continents la longévité, la force et la fertilité. Elles étaient à la fois mes compagnes de jeux, mes confidentes dans un jardin de solitude … Alors peut-être que j’ai choisi les tortues pour exprimer le passage difficile d’une terre que l’on quitte pour toujours


Sur un plan plus réfléchi lié à mes recherches artistiques, l’architecture interne du rond dans un carré, ou un rectangle est une problématique picturale intéressante. « Comme pour le temps présent, aussitôt recouverte la couche précédente n’existe déjà plus. En vérité elle n’existe plus matériellement, car on ne la voit plus, mais elle est présente et donne vie à la suivante. C’est comme pour notre histoire qui se construit du passé même si celui-ci n’est apparemment plus visible.
Il y a tout cela dans mes carapaces : mes émotions, mes douleurs, mes joies qui font que j’existe. En quelque sorte mes tortues sont à l’image de mon existence. Une lecture possible de mes tortues est ainsi proposée. Mais chacun peut également inviter son imaginaire.
A quoi cela me servirait-il aujourd’hui d’expliquer ce sujet dans mon travail ?
Ai-je besoin de commentaires philosophiques ou picturaux ? Non…
Le rêve et l’imaginaire demeurent.
Les tortues sont belles, grandes. Elles proposent un espace de liberté rare et privilégié. Et, si elles possèdent un graphisme et une poésie, une fragilité et une force, une légèreté et une extrême lourdeur, une vivacité et une lenteur, c’est aussi parce que tous ces paradoxes, mettent bien mal à l’aise, ceux qui les exploitent, encore aujourd’hui.
Les tortues représentent une lignée de générations, d’enfants, de parents, de grands-parents. En Afrique du Nord, elles affectionnent les maisons. En Asie, elles portent bonheur. En Polynésie, elles sont la force et le devenir…
Et toutes les anciennes civilisations dont nous avons seulement le témoignage de traces ou de dessins de carapaces enfouis ?
Que savaient-elles des tortues, que nous ne savons pas ? … «
C’est sur ces images verbales et picturales que nous laissons Catherine Thomas à son travail de création, en espérant que cette rencontre de qualité vous aura transporté dans cet imaginaire aux limites des carapaces.
Et pour ceux qui voudraient prolonger, voici ses coordonnées :
Catherine THOMAS - Atelier 147 - 13, rue de Chatillon 92170 VANVES thomas.c9@orange.fr
Un grand merci à Catherine … sa disponibilité et sa gentillesse à nous ouvrir les portes de son atelier pour inaugurer cette première chronique sur l’Art des Tortues.
Bernoss … novembre 2008 http://www.henodus.com
Copyrigth Texte Bruno.G / Illustrations : Tomas Diagne & Chtimi |
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