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.........La gazette des tortues du mois de MAI
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L'histoire d'une tortue (chapitre 2)

 

Elle sentait bien que c’était le moment… celui où elle vit au ralenti bien au chaud, alors que dehors il fait froid. Pour combien de temps ? Elle n’en savait rien. Quand la température s’adoucissait, elle sortait parfois de son inertie pour s’approcher de la sortie de son terrier et sentir les rayons du soleil… elle savait alors si c’était le grand jour du réveil ou non.

Pour l’instant, elle savait qu’elle avait un appétit énorme depuis quelque temps, se guidant que par son estomac. Et que déjà, elle repérait les meilleurs coins pour s’enterrer. Bizarrement, à cette époque, elle revenait toujours par ici, comme guidée par une boussole interne. Mais elle ne voulait pas s’enterrer précisément où elle s’était mise l’année précédente, non. Elle cherchait une nouvelle chambre hivernale, la seule chose qu’elle aimait innover dans sa vie paisible. Allez savoir pourquoi ! La voilà donc, comme chaque année à partir de novembre, à se rapprocher de ces lieux où elle vient toujours hiberner. Elle cherche alors un buisson comme elle les aime, pour, à son pied, y creuser un trou. Il lui faut creuser jusqu’à qu’elle se sente bien protégé du gel qui pourrait venir. Elle creuse donc… bien vingt centimètres de profondeur, sentant alors que c’est suffisant. Elle s’arrête. S’y installe. Elle ralentit son rythme cardiaque, sa respiration, et même ses pensées…Elle a une capacité incroyable à tout ralentir et se sent alors comme dans un rêve, où elle observe sa métamorphose, sans vraiment avoir l’impression qu’il s’agit d’elle… Elle reste ainsi trois, quatre mois. Oh elle ne dort pas tout ce temps, non. Elle a simplement freiné tout son système et vit au ralenti, sans bouger, sans manger ni boire, sans rien faire d’autre que attendre…

Attendre… attendre que quelque chose en elle lui fasse comprendre que dehors il fait doux. Elle se risquera alors à aller tranquillement profiter d’un petit rayon de soleil vers la sortie. Et si ce n’est pas le moment, elle retournera bien au chaud, là où elle était. Avec en tête, ce doux souvenir de la caresse du soleil sur sa carapace, sa tête et ses pattes… Et certainement, elle trouvera le temps moins long… Même son estomac semble s’être ralenti, car il ne réclame pas de quoi manger, lui pourtant insatiable le reste du temps. Elle reste ainsi, notre « Bonne Etoile », avec une patience à faire pâlir les hommes.

Puis elle sentira enfin en elle quelque chose la chatouiller, comme pour la faire bouger, la faire sortir d’ici… Alors, tout doucement, elle rejoint la sortie de son terrier d’hiver. Elle pointe son petit museau bien chaud au dehors, comme pour prendre la température. Et elle sent que c’est le grand jour, celui de la sortie…

« Ne pas aller trop vite surtout… » se dit-elle « En douceur… je vais prendre le soleil et réactiver mon rythme… ». Elle sort donc. Mais ne s’éloigne pas trop. Elle s’installe un peu plus loin, encore toute engourdie, à l’abri du buisson, là où le soleil peut passer. Elle reste ainsi, toute recroquevillée dans sa carapace, sentant les moindres rayons du soleil à travers celle-ci. Elle fait le plein d’énergie…un réveil en douceur…

Elle n’a pas encore faim. Elle reste ainsi une semaine, savourant ce doux voile chaud qui l’enveloppe, cette sensation de fourmillement dans ses pattes et le reste de son corps… comme il est bon de sentir à nouveau la vie autour d’elle… Elle entend les oiseaux qui semblent lui chanter une chanson de bienvenue. Elle respire des odeurs de plantes et de fleurs appétissantes qui lui ouvrent petit à petit, à nouveau l’appétit. Et ce soleil…Comme elle aime ce soleil, auprès duquel elle trouve toute la tendresse d’un ami et la chaleur d’un complice.

Et enfin, un jour, après cette remise en forme, elle se déplace pour attraper une ou deux feuilles tendres qu’elle avait repérées d’où elle était. Mmh…le bon goût des feuilles douces et tendres qui glissent dans sa gorge… elle adore déguster celles-ci à la sortie de son hibernation chaque année. Ici, elle en trouve tout le temps au printemps. Ensuite, tout lui revint très vite, son rythme de vie, comment et quoi manger, son plaisir des siestes,…

Ces journées reprennent finalement son rythme d’avant l’hibernation. Tôt le matin, elle quitte son repère de nuit et s’affaire à chercher feuilles, fleurs et pourquoi pas quelques fruits. Elle trouve parfois en chemin un petit escargot qu’elle n’hésite pas à manger…la petite coquille molle ne la dérange pas… c’est un goût différent du reste de sa nourriture. Elle pense que cela lui apporte quelque chose qu’elle ne trouve pas dans les feuilles et fleurs, et puis ça change ! Elle marche et mange paisiblement, mais dès qu’elle sent le soleil chauffer trop fort, quand il est tout là-haut, bien au-dessus, elle cherche un coin frais pour y dormir. C’est souvent à l’abri d’un buisson qu’elle s’installe alors, jusqu’au retour d’un peu de fraîcheur, en fin de journée.

A ce moment, elle sort de nouveau en quête de nourriture puis d’un coin où passer la nuit. Elle peut parcourir comme ça quelques kilomètres sans aucun souci d’orientation. Elle reconnaît même tous ces endroits où elle va, oui oui. Elle ne sait pas trop comment, mais, comme dirigée par un champ magnétique, elle se dirige à l’endroit voulu. Elle sait aussi retrouver une plante, une fleur, une feuille qu’elle avait aimée l’année précédente. Est-ce ainsi pour les autres tortues ? Elle n’en sait rien et s’en moque. Elle ne boit pas beaucoup, mais quand parfois l’été est trop chaud elle cherche un ruisseau, une mare…qu’elle retrouve facilement bien sûr. Elle doit y retourner régulièrement, au moins deux fois par semaine, même si elle n’aime pas trop ce sable humide qu’elle retrouve tout autour. Et, par ces fortes chaleurs estivales, elle doit aussi souvent se reposer à l’ombre d’un buisson, d’un arbre… Il lui arrive même de sentir ses pattes arrières bouger au rythme de sa respiration dans ces périodes trop chaudes. Alors il lui faut vraiment se mettre dans un coin frais et même parfois jeûner pendant des semaines, pour ralentir son rythme de vie et dépenser moins d’énergie.

Elle vit ainsi tranquillement toute ces années, qui pour nous, pourraient être l’enfance puis l’adolescence, sans se soucier des autres animaux qui ne sont pas ses prédateurs. De toute façon, sa carapace a pris de l’ampleur et elle n’a plus beaucoup de prédateurs lui semble t-il, car elle est pacifique, puis trop dure et trop grosse pour intéresser un animal même affamé. Elle hiberne une partie de l’automne et l’hiver, puis se réveille en douceur au printemps pour être ensuite pleine d’énergie en été. Elle est solitaire et ne partage ni nourriture ni une partie de son voyage avec aucune autre tortue que ce soit. Elle aime la tranquillité. Elle aime sa liberté. Elle aime faire ce que bon lui semble. Elle aime sa vie sans surprise.

Sans surprise ? Et pourtant… voilà qu’elle va découvrir qu’elle peut encore avoir des surprises, même à l’âge adulte !

Finie la tranquillité…

Meg Prévost (Écrivain amateur et passionnée de tortues)

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