Après la découverte d’une artiste plasticienne contemporaine puis celle d’une tortue dans un bénitier …
Pour notre première chronique de cette nouvelle année 2009, nous changeons à nouveau de cap et de thème … je vous emmène faire un tour du côté du Dessin de Presse Satirique … plus d’un siècle en arrière, et ce sujet si vaste nécessite un préalable aux dessins de tortues … juste un petit historique.
Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne balade dans cet univers ainsi qu’une très heureuse année 2009
L’expression « dessin de presse » apparaît semble-t-il pour la première fois en 1979 dans le titre d’un colloque organisé à Grenoble sur Daumier, et elle devient à la mode à partir des années 1990. Jusqu’alors, pour qualifier les images, on employait et on emploie encore les termes de caricature, de dessin d’humour, gai ou drôle, de dessin de mœurs, de charge ou de portrait-charge, de gravures comiques, de dessin satirique ou politique, de satire ou d’humour graphique.
Le sens de ces mots évolue au fil du temps, des expressions nouvelles apparaissent tandis que d’autres tombent dans l’oubli.
Caricature est souvent employée de manière générique et vaut pour qualifier une gamme assez vaste d’images satiriques.
Dans certains cas, « caricature » renvoie à l’art de révéler une personnalité par la déformation des traits du visage, art qui naît en Italie avec les frères Carrache.
Autre terme générique, « Image satirique ». Mais la satire porte en elle une part de critique sociale et donc exclut le dessin comique ou d’humour.
Avec l’humour graphique, nous évoquons une tendance très originale du dessin d’humour, plus raffinée, qui s’épanouit après la seconde guerre mondiale. Quant à l’expression dessin de presse, elle évoque d’abord le support sur lequel seront diffusées ces images, c’est à dire le journal.
Mais de manière plus précise, l’expression caractérise un genre, le dessin d’actualité ou dessin politique.
Pour comprendre de quoi il retourne, il faut d’abord s’interroger sur les différentes fonctions de l’image satirique. On peut distinguer trois fonctions principales : la propagande, le commentaire et le divertissement par le rire.
Le genre de dessin amusant se perpétue au XXe siècle avec comme digne représentant l’increvable Almanach Vermot, ou encore le Hérisson.
Ci contre un dessin paru dans l’Almanach Vermot en 1893
Le journal Paris Match après la Seconde Guerre mondiale joue un rôle primordial dans la diffusion de ce type de dessins en France.
Le "dessin de presse" politique utilise bien sûr ces procédés de déformation, mais imagine également des situations, met en scène une action, un problème, une crise, joue avec les métaphores et les attributs. Il n’est qu’à comparer l’immense production graphique et pamphlétaire de la Révolution française. Pour le XIXe siècle, il n’est pas difficile de trouver d’innombrables correspondances entre la satire, le discours politiques et la caricature.
Le dessinateur doit également faire preuve d’inventivité pour se distinguer de ses confrères et séduire un public avide de se laisser surprendre. Un dessin de Charlie-Hebdo publié par le Figaro aurait peu de chance de faire rire, mais susciterait plutôt le rejet.
Le dessin de presse au sens strict, celui que nous connaissons encore aujourd’hui naît en 1830 en France.
Pourquoi cette originalité française en 1830 ?
Deux phénomènes majeurs se combinent : le premier, c’est la révolution politique et sociale qui entraîne un bouillonnement dans le domaine des idées et une grande liberté d’expression. Le second, ce sont les progrès en matière d’impression des journaux, mais surtout de production des images, notamment avec une technique nouvelle, la lithographie.
C’est cette technique-là que le dessinateur Philippon associe de manière systématique à la presse en publiant, à partir de 1830 un organe d’un genre nouveau, le journal satirique illustré. Il publie d’abord un hebdomadaire, La Caricature , puis en 1832 un quotidien, Le Charivari , qu’on retrouve encore dans les kiosques en 1900. Mais les conditions de liberté permises par les Trois Glorieuses ne durent pas. Les journaux subissent les coups de la censure, tout comme après 1851.
Quand la liberté fait défaut, le dessin politique rentre en sommeil. Pour autant, le public demeure avide d’images, les journaux amusants se multiplient. On édite des séries de vignettes drolatiques dans des périodiques et des albums à succès, notamment ceux de Cham, un des plus prolifiques en la matière. On peut dire que dans les années 1850, le dessin de presse, dans sa version comique, touche enfin toutes les couches de la société.
La production du dessin de presse suit évidemment les aléas des crises politiques. Après la chute de Napoléon III, les journaux à caricatures laissent place à un fourmillement de feuilles volantes. Le dessin trouve à se diffuser sur des supports plus faciles à produire, faciles à afficher, circulant de main en main. Ces innombrables feuilles montrent l’importance acquise par l’image dans la matérialisation des aspirations, des peurs et des haines humaines.
Quand les tensions sont à leur apogée, l’homme semble soudain avide de représentations les plus extrêmes. La retenue et les tabous disparaissent.
Le dessin devient alors violemment scatologique, trivial, scabreux et ordurier, s’inscrivant pour une part dans une tradition pornographique fort ancienne que l’on retrouve déjà pendant la Révolution française.
Après la répression de la Commune, les plumes et les pinceaux sont sévèrement encadrés, mais les journaux satiriques, hebdomadaires surtout, se multiplient quand même, en composant avec la censure et en la dénonçant souvent. Après 1881, la censure disparaît presque totalement, mais les pressions économiques peuvent prendre le relais.
Le camp républicain compte alors de nombreux titres, petits ou grands, plus ou moins durables, avec évidemment André Gill et Alfred Le Petit notamment
A partir des années 1880, les journaux quotidiens « sérieux » commencent eux aussi à publier des dessins politiques et d’actualité souvent un par semaine, parfois chaque jour. Le dessinateur a rarement l’assurance de voir ses dessins publiés, et les relations d’un artiste habitué d’un journal peuvent se tendre jusqu’à la rupture. Cet âge d’or du dessin de presse s’illustre également en province.
A Rouen par exemple dès avant 1870 se publient deux hebdomadaires satiriques, Le Tambour et le Tam-Tam . A Lyon on peut lire la Comédie Politique. En 1874 Gilbert-Martin fonde le Don Quichotte à Bordeaux qui obtient un succès national.
Ci dessous une caricature de Gambetta, datée de 1880 …

Après 1900, apparaît une imagerie caricaturale à caractère social.
Depuis le Chambard Socialiste , des dessinateurs s’engagent auprès des anarchistes ou des syndicalistes.
L’Officier, en général cruel et inhumain.
Le Magistrat, qui défend les puissants plutôt que le malheureux.
Le curé, enrichi et pédophile, et surtout le bourgeois exploiteur.
Pendant la première guerre mondiale, le dessin de presse défend l’Union sacrée. Comme un seul homme ou presque, les dessinateurs les plus hostiles à la guerre avant 1914, se mettent au diapason.
En dehors de toute culture guerrière, se fonde Le Canard Enchaîné qui défendra des positions plutôt pacifistes, avant de se rapprocher des idées du parti communiste pendant l’Entre-deux guerres. A la Libération renaît une presse dynamique et variée qui n’hésite pas à faire appel au dessin satirique.
Dans les années cinquante se développe l’humour graphique notamment dans Paris-Match. Par contre, ce qui a changé, c’est la disparition des hebdomadaires satiriques spécialisés.
Certes, on pourrait citer quelques titres contestataires célèbres qui ont marqué les cinquante dernières années, comme Siné Massacre , L’Enragé, ou La Grosse Berta .
On pense aussi à Hara-Kiri et son humour si particulier, utilisant beaucoup la photographie.
Malgré tout, depuis les années 1960, le dessin de presse a trouvé des débouchés dans les magazines.
Minute en son temps a accueilli des dessinateurs de premier plan.
Marianne aujourd’hui publie de nombreux dessins commentant l’actualité politique et sociale.
Mais actuellement en France, seuls Le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo et Siné Hebdo depuis peu, ressemblent à certains de leurs ancêtres du XIXe siècle. Le dessin de presse après la seconde Guerre mondiale a perdu en audience. Plus proche de nous, l’image satirique s’est invitée à la télévision dans Tac au Tac, avec un jeu entre plusieurs dessinateurs, mais aussi au Petit rapporteur et Droit de réponse.
Le 20H a également eu recours au dessin de presse filmé. La caricature a trouvé un nouveau souffle avec les marionnettes du Bébête Show importé d’Angleterre et plus tard les Guignols. Mais la grande révolution du support depuis quelques années, c’est bien sûr Internet. Comme la presse l’a permis depuis 1830, Internet donne, de manière vertigineuse, une audience encore plus large au dessin satirique. La caricature publiée dans le journal se retrouve presque immédiatement sur la toile, qui permet également parfois la mise en ligne d’œuvres inédites. D’un clic, l’internaute accède à une planche à dessin mondiale où chacun s’exprime dans ou hors de son pays, contournant les interdits. La diffusion lointaine et rapide des images entraîne une ouverture sur le monde mais également un choc des cultures. L’image satirique, instrumentalisée dans le cadre des rivalités entre Etats, trouve quand elle est rediffusée par la télévision ou le web, une nouvelle manière d’alimenter les tensions interculturelles. On pense à l’affaire des caricatures de Mahomet, ou au concours organisé en Iran sur la Shoah.
La presse écrite a perdu en audience au profit de la télévision, l’image fixe perd de son pouvoir de séduction et devient ringarde au regard de l’image animée. Le rire trouve des supports plus attractifs que le dessin d’humour. La satire littéraire et dessinée des siècles passés est remplacée aujourd’hui par les films d’animations ou de séries télévisées qui puisent dans l’humour leur ressort principal.
On pense aussi aux comiques dont on rit des facéties en regardant un DVD. Disparues les feuilles volantes et les cartes postales illustrées de charges vivifiantes vendues par les colporteurs ou diffusées par les militants. Le dessin satirique est devenu une sorte d’auxiliaire, certes incontournable, de l’expression journalistique.
Il vaut parfois un édito.
Fait-il encore peur ?
On peut en douter quand on voit Jean-Louis Debré organiser une exposition de caricatures à l’Assemblée nationale en 2004, signe que le genre a été intégré, qu’il ne porte plus en lui la subversion. Le dessin de presse ne représente plus le meilleur moyen de mettre en image les opinions, les peurs, les joies et les haines de l’humanité.
Après ce petit condensé d’histoire pas trop indigeste je l’espère, vous avez bien mérité quelques planches de dessins satiriques où figurent nos amies les carapaces, décidément toujours présentes, même pour tourner en dérision la politique des hommes … elles datent de la fin du 19 ème siècle …
(vous pouvez cliquer sur les illustrations pour les voir en gros plan)
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Ici, sur le journal LE TROUPIER, des tortues traînent la grande soupière de l’Intendance … |
Ci-dessous, dans le DAILY GRAPHIC de 1896, le général Krüger comparait Johannesburg à une tortue en perpétuel mouvement ..
Pour abattre la tête, disait-il, il faut attendre qu’elle soit complètement hors de l’écaille

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| Et voilà un membre de la Compagnie des Automobiles (1897) étudiant un moyen de locomotion plus rapide |
Une caricature politique de 1897 … |
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| Et une caricature de Victor Hugo sur LE HANNETON de 1867, affublé, entre autres, d’une tortue-lyre … si ! si ! cherchez bien … |
Une autre caricature politique d’Alfred Le Petit, dans ce numéro du GRELOT de 1875 … |
Et pour terminer ce petit tour d’horizon du dessin de presse satirique de la fin du 19 ème siècle, voici un dernier dessin de Gilbert-Martin, daté de 1878, sur un thème vieux de …. 131 ans … qui l’eût cru ! .. sur la lenteur de la justice